Informations et communications en contexte de mutations organisationnelles et de crise manageriale 

Co-dirigé par :

Christian Le Moënne, Professeur des Universités – Préfics - Rennes 2 
Sidonie Gallot, Maître de conférences, Lerass-ceric - Montpellier III

 

Cet appel pour la revue COMMUNICATION & MANAGEMENT propose de traiter des mutations majeures qui affectent les conceptions et pratiques managériales dans tous les secteurs professionnels, en France et dans le monde, mutations qui ont pu être analysées comme porteuses d’une « crise du management », et de les mettre en relation avec les stratégies et pratiques d’information-communication.

Il s’agira d’ouvrir la réflexion sur une conception ouverte du management, qui peut en effet être compris de multiples façons, par exemple comme « l’ensemble des conceptions, des décisions et des actions permettant de structurer des organisations efficaces conformément à leurs buts », comme « un ensemble de techniques et de méthodes rationnalisées de gestion des ressources », ou comme « idéologie de l'efficacité dans la direction des organisations ». Il conviendra évidemment de considérer que le management concerne tous les niveaux organisationnels et pas seulement les instances stratégiques et d’interroger de façon éventuellement critique, à la fois les concepts, langages et modèles managériaux, les pratiques émergentes ou institutionnalisées comme les dynamiques de changement.

Il s’agira également d’adopter une conception ouverte et large de l’information et de la communication, en prenant en compte de façon éventuellement différente, les processus de mise en forme et de mise en sens, en tant qu’ils contribuent notamment à délimiter symboliquement les formes organisationnelles. Il conviendra de lier ces logiques organisationnelles aux contextes matériels que constituent les objets dans l’action (les formes « objectales ») et aux formes sémiotiques, textes, discours, images, symboliques et langages divers. Et, bien entendu, de relier les conceptualisations et les analyses au cadre très évolutif que constitue le développement actuel du capitalisme, notamment le basculement vers une dynamique patrimoniale hautement financière, les phénomènes d’impartition et de « lean organization », les processus de basculement de logiques de coordination « spatiales » vers des logiques de la vitesse et de l’accélération caractéristiques de « l’éphémérisation du présent » que décrit Hartmut Rosa (Rosa, 2012).

Nous envisageons une livraison de ces dossiers en deux numéros de six articles chacun. L’un peut-être de tonalité plus théorique et critique, l’autre de tonalité plus « pratique », c’est à dire plus centré sur les pratiques et conceptions nouvelles et éventuellement innovantes, et sur les hypothèses concernant le devenir du management, notamment dans le contexte et sous l’effet de la diffusion globale du numérique.

Cet appel est évidemment ouvert aux chercheurs de toutes les sciences humaines et sociales qui sont nombreuses à s’intéresser à ces questions. Pour ce numéro, peuvent être proposées à la fois des contributions concernant les débats théoriques et scientifiques, ainsi que des observations, descriptions et analyses des pratiques de terrain.

Afin d’illustrer les directions de contributions possibles nous avons, de façon non exclusive, détaillé des axes qui ne sont ni limitatifs, ni exhaustifs :

Axe 1. Recomposition organisationnelle et crise du management 

Dans le contexte de mutation globale des organisations et de leurs modes et pratiques de communication, les questions qui pourraient être abordées dans cet axe concernent les liens qui pourraient être mis en évidence entre les recompositions des formes organisationnelles et les recompositions des fonctions et des espaces d’action des managers dont les activités oscillent entre des sphères professionnelle et publique aux frontières de plus en plus poreuses.

Un élément singulier pourrait, par exemple, initier des réflexions dans cet axe. Le fait qu’en France jusqu’au milieu des années soixante dix, le management était conçu, à la fois dans les entreprises et dans la recherche, comme relevant strictement des instances stratégiques, celles du « top management », est singulier. La fin du XX° siècle a vu cette conception s’étendre à tous les niveaux d’échelle, depuis l’organisation des équipes de production, ou des cellules de crise, jusqu'au management général des groupes industriels et financiers. La prise en compte de cette évolution nous semble, entre autres, une des pistes sur lesquelles initier des réflexions.

Axe 2. Stratégies d’information-communication et évolution des structures

Les modèles dogmatiques de « bonnes pratiques managériales » hérités de l'époque des grandes organisations fordistes dans le contexte de dislocation des formes organisationnelles institutionnalisées entrainent des logiques d’externalisation et de coordination par les normes et se sont accompagnés d'un développement massif des stratégies d'information-communication. En attestent l'importance des budgets affectés à ces activités par les organisations, mais surtout, le déploiement important de services, de départements, de professions et de fonctions, d'associations professionnelles, de formations diverses universitaires et continues, etc. Il semble intéressant, dans cet axe, de questionner ces phénomènes qui affectent directement le management et plus globalement les « communicateurs ».

Par ailleurs, dans cette dynamique d’intense recomposition des pratiques, la critique des concepts des discours et des langages amène à soulever une hypothèse pointée par certains chercheurs concernant le rôle joué par les entreprises de conseil dans l’interface entre les conceptualisations issues des recherches universitaire et du milieu professionnel. N’y a-t-il pas un rôle paradoxal des consultants et des formateurs à continuer à proposer ces « modèles de bonnes pratiques » ou de « bonne organisation », dans un contexte où les concepts, les modèles et les pratiques ont souvent échoué ? Des travaux sur les écrits professionnels, la production de normes, la centration sur les activités, pourraient notamment traiter de ces questions de convergence des concepts, dont le rapprochement nous semble encore plus radical dès que se pose la question des processus de numérisation.

Axe 3. Le management en tension entre normalisation et complexification dans le contexte de la mutation numérique

Les dynamiques complexes de recomposition des formes organisationnelles s’accompagnent de processus de normalisation qui pèsent directement sur les instances managériales en participant à les définir, à en formater les fonctions, les actions, les stratégies d’information-communication… et permettent à la fois le contrôle, la surveillance, la traçabilité des logiques d’action, dans un contexte de publicisation générale des pratiques professionnelles, et d’observation publique des pratiques managériales. La prolifération et la production constante de nouveaux modes de gestion et d’évaluation, les injonctions à la productivité, les référentiels de compétences, l’importance accordée aux chiffres et aux logiques de gouvernance sont autant de dispositifs souvent traités et perçus paradoxalement, soit comme des dispositifs d’efficacité, d’anticipation et de gestion des risques, soit comme autant de risques et de facteurs de crise.

Il conviendrait d’interroger alors ces dispositifs en tant qu’ils organisent et régissent les pratiques des managers et, entre autres, de se demander comment ces normalisations et rationalisations techniques, omniprésentes dans les processus de décision et d’organisation, circonscrivent les logiques d’actions et participent du contrôle et de la surveillance, dans un contexte de traçabilité généralisée où les pratiques et discours managériaux, sont immédiatement susceptibles d’être massivement publicisés.

Transversalement, ces considérations nous amènent à poser, pour la discuter, l’hypothèse générale selon laquelle la montée en puissance des communications organisationnelles comme champ professionnel de plus en plus large et dense peut-être vu et compris à la fois comme un résultat de la crise du management, comme un symptôme indicateur de celle-ci, ou encore, comme une façon de la dépasser.

Répétons enfin, qu’une attention particulière sera accordée à la fois aux débats scientifiques et aux travaux de terrain, en ouvrant le champ aux différentes disciplines qui participent de l'observation et de la conceptualisation de ces phénomènes.

 

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Organisation scientifique, instructions et calendrier

Les articles complets sont à déposer sur le site de la revue "soumettre une proposition" avant le 15 mai 2015 minuit.

Les articles complets seront évalués à l’aveugle par au moins deux membres du CS**

Le document doit comporter :

  • Sur une première page indépendante, le titre, le prénom, nom, adresse institutionnelle du ou des auteurs ainsi que leur courriel et numéro de téléphone
  • Un résumé (100 mots) ainsi que 5 mots-clés
  • L’article de 35 000 à 50 000 signes (espaces compris) respectant les normes de la revue

Les auteurs seront notifiés par retour de courriel le 30 Juin, de l’acceptation de leur article et des améliorations conseillées par le CS, s’il y a lieu.

Les textes dans leur version finale sont attendus pour le 25 Août, pour une publication prévisionnelle fin 2015.